Voter jusqu’à l’unanimité

Le 12 mai, le conseil a été animé. L’arrêt du PLU contesté par l’opposition a cependant été adopté à l’unanimité. Tours de passe-passe après un claquage de porte. Ou comment se faire voler son vote !

On avait bien dit pendant la campagne qu’on n’était pas des professionnels de la politique. On aurait aimé que cela ne soit pas retenu contre nous. Finalement, même ceux qui prétendent ne pas en faire alors qu’ils en vivent depuis 40 ans, en usent toutes les ficelles. Jusque là, nous sommes restés courtois et respectueux. Il est parfois difficile de garder cette ligne de conduite face à des comportements à la lisière de la correction.

Les schémas qu’ils défendent sont ceux d’un autre temps, ils savent les pimenter de pointes de modernité glanées ailleurs ; mais leur vision n’est pas dans le sens de l’Histoire. En tout cas pas celle que nous voudrions écrire ! Mais nous le savions et chacun ses opinions, ce qui est inadmissible c’est de nous confisquer notre possibilité d’exprimer notre désaccord.

Venons-en aux faits. Dernier conseil municipal. Un gros dossier : l’arrêt du PLU. Autrement dit, l’acceptation par le conseil municipal du projet tel qu’il a été dessiné. Sur les grandes lignes, la commune telle que le nouveau découpage des zones la projette sur l’avenir, difficile de s’opposer par principe. La commune a peu de latitude pour envisager l’avenir en s’affranchissant de règles drastiques d’urbanisme qui nous protègent de projets farfelus.

Mais. Car il y a un mais. Et finalement, à quoi sert l’opposition si elle ne met pas le doigt sur les points litigieux !… Nous contestions la concentration de la zone économique des Granges. Elle passe de 3 à 25 hc, nous a affirmé l’expert, de 3 à 19hc selon la police… des débats. Bien évidemment, délimiter cette zone telle quelle ne va pas faire pousser d’éventuelles entreprises comme des champignons d’ici la fin de l’année. Et si d’aventure un tel miracle économique se produisait, nous en serions nous aussi ravis, comptant sur une création massive d’emplois. Nous pointions juste la concentration en un même lieu, craignant que d’ici une ou deux décennies, notre entrée de ville ressemble à celles de beaucoup d’autres. Et lui fasse perdre tout attrait.

L’argument en face était que les entreprises exigent une surface importante d’un seul tenant, que les disséminer sur le territoire était compliqué du fait du peu de terrains plats et du coût à créer des infrastructures éclatées. Ce qui s’entend. Mais toutes les entreprises n’ont pas ce besoin. Ni celui d’être côte à côte. Une zone plus étendue côté « Tréca » eût réduit la surface côté « Les Granges » sans créer un surcoût d’équipements.

Mais surtout, nous avons plaidé l’idée de mettre le PLU en adéquation avec les recommandations de l’agence d’urbanisme consultée par la commune, à savoir : garder et développer de l’activité économique dans le centre bourg. Le départ de ces activités en périphérie n’est pas un bon signal pour le centre. L’augmentation de la surface dévolue à l’activité économique sur un seul point crée un appel d’air hors centre. Nous n’avons plus envie de le voir pétri dans l’immobilisme et le déclin. Ce n’est pas la peine d’entamer un programme de revitalisation du centre bourg, si l’on se limite à habiller le mort avant la toilette. Bien sûr que nous appuyons l’idée d’un énorme coup de neuf dans le centre mais il restera sans effet avec un départ programmé de l’activité vers l’extérieur. Donc nous avons voté contre.

Cela a provoqué un tel remous que nous avons commencé à quitter la salle avec fracas. Une lettre d’un mystérieux chef d’entreprise, désireux de s’implanter sur la commune et dont l’identité ne nous a pas été révélée, a été subitement sortie du chapeau « chantage à l’emploi », la promesse d’une création subite de 400 postes brandie. Toute contradiction devenait synonyme de « refus de l’emploi » ! Profitant de la panique, le projet a été « (re)mis au vote » alors que les trois conseillers d’opposition restants se concertaient. Résultat : le PLU a été adopté à l’unanimité. Une unanimité réelle puisque ceux qui se sont exprimés ont voté pour. Mais tronquée, puisque les conseillers d’opposition n’ont pas pris part au vote puisqu’ils étaient en pleine discussion…

Un vote par KO en somme ! Légal ? sans doute, mais moral, sûrement  pas !

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